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mise en ligne: vendredi 7 septembre 2007



René Fonck
L’as des as, l’homme

Corinne Micelli & Bernard Palmieri

 
   

 

 

 Coup de cœur 2007 

Ouvrage épuisé - Nouvelle édition enrichie prévue en 2012


Écoutez Corinne Micelli répondre aux questions de Philippe Lecaplain sur Radio France Internationale : www.rfi.fr (22 septembre 2007)


Regards croisés :
Avec cette biographie de René Fonck, l’Aérobibliothèque se hasarde pour la première fois à vous proposer deux regards différents pour un même ouvrage : ceux de deux anciens militaires de l’armée de l’Air, aux prérogatives fort différentes (l’un pilote de chasse et de reconnaissance, l’autre chargé de recherches historiques au SHAA).


- Le commentaire de Richard Feeser
- Le commentaire de Georges-Didier Rohrbacher


René Fonck, L’As des As, L’Homme, présenté par Corinne Micelli et Bernard Palmieri, est né en 1894 d’une famille exilée d’Alsace en 1872 pour rester française. Il grandit avec l’idée de cette "grande injustice" qui appelle à la revanche, les yeux tournés vers le ciel pour admirer les avions. En août 1914, les Allemands envahissent son village de Saulcy-sur-Meurthe et y sèment ruine et désolation : il est grand temps de réparer l’injustice ! Le petit paysan vosgien le fera dans l’aviation.

Robuste, au regard perçant bleu acier, il met sa volonté et son intelligence vive au service de ses armes. D’abord en escadrille d’armée pour le réglage d’artillerie et le harcèlement, il bombarde la plaine d’Alsace, l’Allemagne, couvre plus à l’ouest les offensives de 1915 et les combats qui suivent. Ces missions périlleuses lui valent ses premières citations. Le 6 août 1916, il force un adversaire à se poser et à se rendre. C’est sa première victoire.

Remarqué pour sa bravoure, il rejoint la chasse en avril 1917, à l’escadrille N 103, sur SPAD VII puis XIII et XII canon, du prestigieux groupe des Cigognes où œuvrent déjà Guynemer, Heurtaux, Dorme, Deullin, rivalisant de témérité. Vite, il les égale et les dépasse. Son engagement est total et il s’y prépare en athlète. Il est féroce et sans pitié, car le combat aérien est un duel à mort : il tire de près, d’un coup, de sang froid. En 1918, à la tête d’un étonnant palmarès, il maîtrise son art, comme pilote exceptionnel, tacticien de l’air, instructeur et leader de patrouille. Il devient ce pur génie de la chasse, de renom international, ayant abattu plus de 120 appareils dont 75 homologués. Partout il triomphe, admiré et adulé.

Démobilisé en 1919, il est élu député des Vosges et participe à de nombreux meetings aériens pour rendre l’aviation accessible à tous. Les As acclamés rivalisent d’acrobaties ; les anciens ennemis se réconcilient. Goering devient son ami. Au parlement, il défend son arme, s’inquiète d’une Allemagne si puissante dans le domaine de l’air... Ses livres développent ses idées sur une armée de l’Air autonome, une aviation civile forte dans un grand ministère de l’Air. En 1924, il part aux États-unis pour optimiser la chasse de l’Air Service, et y retourne en 1926, résolu à traverser l’Atlantique. Sa tentative se solde par le crash de son Sikorsky S-35, dont il réchappe miraculeusement.

En 1936, il juge l’aviation de chasse d’un rapport accablant : pilotes mal entraînés, appareils inadaptés ! En août 1939, colonel, il est nommé inspecteur général de la chasse, puis suit le maréchal Pétain comme conseiller au ministère de l’air. Il maîtrise l’allemand et a des liens indéfectibles d’amitié avec le maréchal Goering et le général Ernst Udet, grands As allemands. Pétain l’utilise un temps, avant de le sacrifier pour raison d’État. Il agit désormais seul et utilise ses relations pour aider la Résistance. À la Libération, il est arrêté, puis fait l’objet d’une enquête approfondie sans suite, mais reste meurtri qu’on ait pu douter de son patriotisme. Le 18 juin 1953, il meurt à 59 ans d’une hémorragie cérébrale.

Voici la biographie d’un homme d’exception, agrémentée d’illustrations diverses, de cahiers photos, de planches couleur, de profils d’avions. Elle relate tous les combats d’une vie aventureuse pleine de fougue et de passion. On découvre la carrière militaire, la vie d’industriel et d’inventeur civil, aussi la famille, d’un magnifique pilote de chasse ayant fait voler très haut l’honneur et la grandeur de nos ailes. Les auteurs font justice des suspicions à son encontre au moment de la Libération, et soulignent les qualités de cœur, la fidélité en amitié, la lucidité et la loyauté, du plus grand As de l’aviation de chasse française, Paul René Fonck, désormais sorti de l’oubli.

Cette enquête historique rigoureuse et passionnante, élaborée à partir de multiples archives et témoignages, constitue un livre référence sur ce grand aviateur auquel on doit beaucoup, et qui mériterait mille fois que l’une des prochaines promotions de l’École de l’Air porte enfin son nom.

Richard Feeser


Le servant de mitrailleuse qui a couché des centaines de fantassins adverses sous ses rafales, dans les tranchées, a-t-il jamais fait l’objet d’un "culte" ? À l’inverse, avec la Première Guerre mondiale, les "as de l’aviation" acquirent une place particulière au Panthéon des braves, donnés en exemple pour leurs vertus guerrières : 80 victoires aériennes homologuées pour le "baron rouge" Manfred von Richtofen, 75 pour René Fonck, 73 pour Edward Mannock, 62 pour Ernst Udet, 54 pour "l’archange" Georges Guynemer, 22 pour Hermann Goering, etc. Cette comptabilité reprit de plus belle avec les "scores" du second conflit mondial et quelques passionnés débattent toujours qui de la pertinence des différents systèmes d’homologation officielle des victoires aériennes, qui de la véracité des revendications de certains pilotes et de la sincérité de leur "palmarès". Au-delà de la passion, il y a parfois une certaine forme d’indécence dans ces querelles d’érudits paisiblement assis, alors que des millions de "héros" anonymes - civils ou militaires - furent de tous temps (et continuent d’être) purement et simplement anéantis brutalement par la misère, les bombes ou la torture, sans gloire ni communiqué. Fort de cette conviction qui n’a rien d’un antimilitarisme primaire, c’est donc sans aucune complaisance que nous avons accueilli cette biographie de René Fonck, mais avec le souhait de comprendre simplement pourquoi, comparativement à d’autres nations aéronautiques, "l’as des as" français et alliés est si peu connu aujourd’hui jusque dans la mémoire collective de l’armée de l’Air. Une amnésie d’autant plus étonnante que vulgairement, comme pour le sport, on ne valorise souvent que le nom du premier sur le podium.

La première partie du livre, intitulée "L’as des as", retrace l’ascension de Fonck, de 1894 à 1926. Vosgien élevé à la dure dans un milieu très modeste, dans la haine du "Boche" et l’esprit de revanche, pour la reconquête de l’Alsace et de la Moselle annexées par Bismarck en 1871, la guerre suivante était viscéralement inscrite en lui. Affecté dans l’aéronautique militaire dès 1914, il exécuta de nombreuses et périlleuses missions de reconnaissance et de réglage d’artillerie sur Caudron G3 et G4. Fine gâchette, servi par une acuité visuelle exceptionnelle, il se distingua constamment par sa prescience du combat aérien mais ne rejoignit cependant une escadrille de chasse qu’en 1917, au prestigieux "Groupe des Cigognes". La guerre industrielle, les affrontements de formations étoffées ne laissaient plus alors de place à la geste romantique, aux combats chevaleresques au terme desquels le vainqueur se posait à côté de sa victime abattue : parfois perçu comme "un introverti, un orgueilleux et un asocial", René Fonck était un véritable technicien du combat aérien, un ascète perfectionniste à la rigueur toute lorraine, un redoutable prédateur qui n’en demeurait pas moins soucieux de la vie de ses camarades et qui tempêtait contre leurs bravades périlleuses. Ainsi, après la disparition de Georges Guynemer "en plein ciel de gloire", il écrivit : « Je me suis toujours étonné qu’il n’ait pas, depuis longtemps, été descendu ! ». Porte-drapeau de l’aéronautique militaire lors du défilé du 14 juillet 1919 sous l’Arc de Triomphe, il fut décoré par le "vainqueur de Verdun" en personne - Philippe Pétain - mais parce que « des gens qui ont le ciel pour pays voient plus loin que la frontière », il se lia d’amitié avec ses anciens adversaires, Udet et Goering. Élu député des Vosges, il œuvra sans relâche au développement de l’aviation civile mais, lucide, nota que le futur paladin de Hitler était "très raciste" et avertit dès 1923 : « Si le malheur voulait qu’une nouvelle guerre éclatât, nous aurions en face de nous une Allemagne terriblement armée dans le domaine de l’air. »

La seconde moitié de la vie de René Fonck, intitulée "L’homme", est sans conteste quasiment inconnue. On ne peut qu’imaginer les encensements dont il aurait fait l’objet si, précédant l’exploit de Charles Lindbergh de quelques mois, son trimoteur Sikorsky S-35 minutieusement préparé ne s’était pas écrasé au décollage de Roosevelt Field lors de sa tentative de traversée de l’Atlantique. Chargé en 1935 d’une mission d’expertise de l’état de l’aviation de chasse (« Si la guerre survenait, 80% des pilotes seraient incapables de descendre un adversaire avec le matériel existant »), il réintégra les réserves de l’armée de l’Air en 1938, année où les as de 14-18 de toutes nationalités se réunirent souvent, notamment invités par Hermann Goering qui exhibait sa Luftwaffe. Après qu’il ait alerté sans discontinuer les autorités sur la menace militaire allemande et les faiblesses humaines et techniques de l’armée de l’Air, la débâcle de juin 1940 le vit comme beaucoup se ranger derrière le vieillard qui jouissait d’un grand prestige et qui avait fait « le don de sa personne à la France ». Et voici que l’on découvre enfin, au fil des recherches de Corinne Micelli et Bernard Palmieri, ce "passif" de René Fonck jamais officiellement énoncé, mais qui expliquerait le silence gêné qui l’entoure depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Le maréchal Pétain fit en effet appel à lui pour obtenir, via Goering, une rencontre directe avec Hitler : « J’ai pu informer le maréchal avant l’entrevue de Montoire et le mettre en garde contre le traquenard qu’on lui tendait. En conséquence, le maréchal a refusé de signer les arrangements préparés par Laval ». Puis, « Ayant eu moi-même l’occasion de constater que Darlan suivait fidèlement la politique pro-allemande de Laval, j’ai essayé d’avoir le maximum de renseignements, politiques et militaires, pour en tenir informés le maréchal et Londres ». Pétain se soumit pourtant aux exigences de Hitler et désavoua son "éclaireur" (« ...le colonel Fonck a abusé de la bienveillance que j’avais pu lui témoigner à plusieurs reprises en raison de son héroïsme au cours de la précédente guerre »). Menacé d’arrestation, Fonck quitta Vichy pour Paris, intercéda auprès des Allemands pour sauver plusieurs personnes. Lui-même fut arrêté par la Gestapo, incarcéré brièvement à Drancy, libéré par un colonel allemand, puis incarcéré de nouveau par la police française, à la libération de la capitale. Au bout de trois mois, il fut relâché sans autre forme de procès et maintenu dans les cadres de réserve de l’armée de l’Air. Et les auteurs de préciser « Les seuls éléments certains sont qu’aucune charge n’a pu être retenue contre lui à Libération ; qu’il a maintenu des liens avec des aviateurs résistants comme Heurtaux, qui lui restera toujours fidèle ; qu’il a pris des risques en intervenant auprès des Allemands en faveur de certains d’entre eux. C’est déjà beaucoup. Peu en ont fait autant. »

Ce livre est-il une sorte de réhabilitation de René Fonck ? Ce n’est pas le but recherché par les auteurs. N’empêche... Les foules ont toujours besoin d’hommes providentiels et de héros auxquels s’identifier, tout en les oubliant comme les modes éphémères, voire en les reniant complètement dès lors qu’ils ne correspondent plus à la réputation, à l’idée qu’ils s’en font, selon la morale victorieuse du moment... Et il n’est pas aisé de tenter ensuite de restituer partiellement la "vérité" d’un homme et son contexte historique disparus, au-delà d’une habituelle compilation teintée d’hagiographie ou d’hérésiologie. Corinne Micelli et Bernard Palmieri ont eu ce courage qui n’a manifestement pas inspiré d’éminents historiens diplômés (difficile de croire que ces derniers n’auraient pas eu accès aux archives que les institutions ont bien voulu ouvrir pour l’occasion), en essayant de faire ressortir une personnalité au travers des témoignages, de mettre en évidence sobrement et avec le plus d’objectivité possible la part entre lumière et ombre, entre "L’as des as" adulé et "L’homme" controversé, même si certains points restent évidemment obscurs : on peine en effet à croire les dires de l’intéressé qui, du fait de sa notoriété et de son amitié (au nom de cette fraternité très particulière des as de la "Der des der") avec un Goering au faîte de la barbarie nazie, aurait pu accéder si facilement ou sans "contrepartie" à l’antenne parisienne du redoutable service de sécurité SD (Sicherheitsdienst), pour « y prendre la température » ou « soutirer des renseignements ». Mais le pavé est lancé dans la mare et peut-être sera-t-il à l’origine de la découverte de nouvelles informations sur cet aviateur d’exception, ainsi que le conclut le général Le Bourdonnec dans son avant-propos. Notre "coup de cœur" pour cette biographie est d’autant plus sincère que la "mythologie des as" (brillamment décrite par Hervé Coutau-Bégarie dans sa préface) n’est pas notre tasse de thé, mais qu’à tout le moins, les auteurs rendent un peu justice à René Fonck, guerrier (au sens antique du terme) des airs instinctif, dévoué à sa Patrie mais dépassé, abusé par les combats politiques, les luttes de pouvoir et les intrigues terrestres.

Georges-Didier Rohrbacher


376 pages, 15,5 x 24 cm, couverture souple
- Préface de Hervé Coutau-Bégarie, Directeur d’études à l’École pratique des Hautes Études, Président d’honneur de la Commission française d’Histoire Militaire
- Avant-propos du général Roland Le Bourdonnec, ancien chef du Service Historique de l’Armée de l’Air
- Première partie : L’as des as (À Saulcy-sur-Meurthe, En école, En escadrille d’armée, En escadrille de chasse, Graine d’As, L’as des as, La victoire en chantant, La chambre bleu-horizon, Le député-pilote, L’aviation et le Parlement, René Fonck et l’écriture, Le rêve américain)
- Deuxième partie : L’homme (La traversée de l’Atlantique, Les îles flottantes, Rencontres d’as, L’armée de l’Air : « il est né le divin enfant... », Des années folles aux années troubles, "Tiri dè tourb", De Paris à Vichy, La France entre deux feux, Les rencontres de Montoire, Il faut éliminer Laval, Dans l’ombre du maréchal, Double jeu, Dans les geôles de la Libération, Vosges été 1944, À l’aube du crépuscule, Le dernier envol, Épilogue)
- Annexes (Vie de René Fonck, Témoignages, Bibliographie/État des sources utilisées, Cahiers de photos, Profils couleur inédits de Patrice Gaubert, Tableau récapitulatif des 75 victoires officielles de René Fonck et des 52 autres non homologuées, Principes d’homologation des victoires aériennes françaises, Citations de René Fonck, Médailles étrangères, Remerciements, Index)

Sikorsky S-35 de la tentative de 1926 © Patrice Gaubert

Cet ouvrage est enrichi d’un cahier de 8 pages de profils inédits signés Patrice Gaubert.


 

Références:

René Fonck
L’as des as, l’homme
Corinne Micelli & Bernard Palmieri

Economica

Coup de cœur 2007
épuisé
ISBN : 978-2-7178-5413-8

30 €






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Coordonnées de l'éditeur :
- Economica


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