Nous avons tous l’impression d’avoir connu la conquête spatiale. Fantasmée, comme dans Objectif Lune, ou réelle, régulièrement abreuvés de célébrations et commémorations que nous sommes. L’aborder sous un angle novateur n’est donc pas gagné ; c’est pourtant ce qu’annonce la quatrième de couverture, selon laquelle l’ouvrage doit « révéler la face cachée de ces succès ou de ces échecs ».
La structure du texte est somme toute classique. Une partie consacrée à l’affrontement von Braun-Korolev, une pour les premiers vols soviétiques, une pour la course à la Lune, une sur les navettes et pour finir une brève prospective sur les retours vers la Lune et les vols martiens récemment annoncés. Et l’on y découvre... ce que l’on sait déjà, pour peu que l’on se soit intéressé au sujet : peut-être Jean-François Pellerin (auteur du Guide des combinaisons spatiales et du vol habité, chez Tessier & Ashpool) a-t-il « enquêté avec passion et parcouru les rapports déclassifiés », mais il n’a pas été le seul à le faire et le public intéressé aura sans doute suivi les découvertes récentes en la matière.
Reste le "grand public", celui des non-spécialistes pour qui l’ouvrage pourrait être une introduction condensant certains grands événements. Le choix des anecdotes n’est pas forcément original (les succès de Gagarine, Leonov et de l’équipage Apollo XI, les échecs de Komarov et d’Apollo I par exemple), mais le livre ne se contente pas d’aborder les événements : il cherche les anecdotes, relève les causes profondes, l’histoire menant au succès ou à l’échec, et des fiches récapitulant le parcours des personnages permettent de savoir à qui l’on a affaire. C’est donc un bel ouvrage didactique... ou cela pourrait l’être.
Car la première chose que l’on remarque, c’est l’absence complète de travail éditorial. La page remerciements nous enseigne que c’est la famille de l’auteur qui a relu le texte, et le manque de l’expérience d’un professionnel se fait cruellement ressentir : fautes d’orthographe ou de grammaire en pagaille, paragraphes dédoublés témoignant d’une retouche du brouillon, mise en page et typographie aléatoires... Certains détails particulièrement agaçants reviennent assez systématiquement tout au long de la lecture, comme l’inversion du nom du personnage qui parle et de sa position : on trouvera dans le même dialogue « Swigert (Apollo 13) » et « Houston (Lousma) », avant de passer à la page suivante à « Lousma (Houston) ».
Au final, A2C Medias propose donc un manuscrit non parachevé, sur lequel il reste beaucoup de travail (harmonisation, mise en forme, réécriture et relecture) pour en faire un livre de vulgarisation susceptible d’intéresser le profane.
Franck Mée
192 pages, 15 x 22 cm, couverture souple
+ cahier 16 pages de photos en couleur