L’Aérobibliothèque ayant pu disposer d’un exemplaire avant parution, nous sommes en mesure de vous proposer un compte-rendu de lecture en avant-première.
Cela pourrait paraître déplacé que de commencer les Cahiers des As Oubliés de 14-18 par une première page consacrée à un concours militaire disputé... à l’automne 1911, alors que le terme d’As lui-même n’existait pas encore dans le sens où le contexte voudrait nous le faire entendre ; mais bien loin de vouloir entamer un dialogue de sourds, il est tout à fait légitime de vouloir commencer par les fondations mêmes de ce qui ferait grand bruit entre les mains des futurs As, à savoir l’origine du matériel sur lequel ils s’exprimeraient.
L’armée avait toujours eu un oeil très intéressé par les affaires des plus lourds que l’air, les travaux de Clément Ader avait été largement financés par des fonds secrets en provenance du ministère de la guerre dès la dernière décennie du XIXe siècle, mais les résultats peu probants amenèrent ces mêmes militaires à se méfier d’une technologie embryonnaire à la maturité douteuse. Après diverses tergiversations, ils se retranchèrent derrière un consortium privé pour pouvoir tester publiquement la valeur du Flyer des frères Wright au Mans en 1908 ; puis encouragèrent l’organisation du premier meeting international de Reims en 1909, lequel déclencha les premières commandes et les premières formations de pilotes.
Mais comment tester ces aéroplanes qui n’étaient pas encore avions ? Quelques militaires furent formés et les pilotes civils les plus en vue furent "invités" à se mêler aux manœuvres de Picardie en septembre 1910, où la nouvelle "arme" fut pour la première fois testée en milieu "hostile" sous l’oeil critique des états-majors.
C’est alors qu’un pas supplémentaire fut franchi, jusqu’ici
l’aéroplane était venu à l’armée, le temps était venu pour l’armée d’aller à l’avion, ce fut chose faite avec le Concours Militaire de Reims de 1911.
L’engouement de "l’industrie aéronautique" pour cet événement fut énorme, car le montant des prix et surtout les commandes devant être adressées aux trois premiers lauréats étaient censées assurer des lendemains qui chantent aux heureux élus. Mais si le capitaine Ferber, militaire ayant dû se mettre en congé pour pouvoir assouvir sa passion d’avionneur, s’exprimait dès 1907 en ces termes : "concevoir une machine n’est rien ; la construire est peu ; l’essayer est tout", le règlement instauré par ses pairs pour le concours devait confirmer cet adage, car si pas moins d’une quarantaine de constructeurs s’inscrivirent en comptant présenter plus de soixante-dix machines différentes, trente-cinq aéroplanes seulement furent présentés lors des qualifications, et seuls huit furent classés à l’issue des épreuves finales, lesquelles consacrèrent trois firmes émergentes : Nieuport, Breguet et Deperdussin, avec deux monoplans et un biplan.
Claude Thollon-Pommerol a assemblé dans ce premier cahier de 60 pages textes et photos d’époque selon une structure que d’aucuns pourraient considérer comme naïve, mais qui est somme toute très didactique sur l’organisation, agrémentée de nombreux détails tant techniques que narratifs, notamment sur l’évolution quotidienne du concours à travers la presse de l’époque, ses exploits et ses drames : quatre personnes y perdirent la vie, deux pilotes et deux aides anonymes. Le chapitre consacré aux pilotes engagés est unique en son genre et permet d’en savoir un peu plus sur ces premiers pilotes d’essai.
Un premier cahier à découvrir, très prometteur quant à la suite de la collection, en souscription à un prix singulièrement abordable.
Thierry Matra
Table des matières :
L’organisation du Concours
Les avions
Les pilotes
L’éphéméride des épreuves qualificatives
L’épreuve de vitesse
Les leçons du Concours
64 pages, 21 x 29,7 cm, 89 illustration
Offset, dos carré cousu, couverture souple pelliculée couleur
Quatre pages sont consultables sur www.asoublies1418.fr