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Coopération technique et miltaire Angleterre/URSS... et espionnage...

de Alain BRETON (14/02/2021 20:24:08)

De mai à septembre 1942, le gouvernement anglais dépêcha une
mission pilotée par des ingénieurs de Rolls-Royce pour aider
les soviétiques à se dépêtrer de la maintenance du Merlin.

L’URSS disposait en effet de grandes quantités de ce moteur,
qui équipait essentiellement les Hurricane livrés dans le
cadre de l’aide à Staline.

Je ne vais pas évoquer ici l’anarchie et les traitements
brutaux découverts par les ingénieurs, peu compatibles avec
la complexité du moteur anglais, qui semblent d’ailleurs
avoir été éradiqués au terme de la mission.

Mais ce qui est intéressant est qu’ils eurent quelque loisir
pour voir en atelier les productions locales de Klimov, qui
comme chacun sait dérivaient de l’Hispano 12 Y dont les
russes avaient une licence régulière.

Voici donc qu’en dirent à leur retour les deux chefs de
mission (G.Webster et N.Priestley) :

- Moteur M 105 P : 12 cylindres en V à refroidissement
liquide, cylindrée inconnue mais supérieure au Merlin – en
effet, le 12 Y était à 150 x 170 d’alésage /course donnant
36 litres de cylindrée, mais les versions soviétiques eurent
des problèmes de fonderie obligeant à épaissir les chemises,
par l’intérieur bien entendu, donc à 148 x 170 mm.
- 6 carburateurs, 3 de chaque côté du moteur, comme
les échappements. (c’est donc la disposition standard du 12
Y inchangée… mais ça ne va pas durer !) Les ingénieurs
soviétiques affirmaient que la synchronisation de l’ensemble
était très problématique. Par contre, le centre du « V »
était entièrement dégagé et accueillait un canon tirant dans
le moyeu d’hélice, donc à cadence de tir parfaitement libre.
- Réducteur à pignons droits, dont les ingénieurs
anglais notent qu’il est dépourvu du moindre jeu !
Equipement pour hélice à pas variable.
- Vilebrequin équilibré, avec des paliers de taille
bien supérieure à ceux du Merlin. Paliers trempés et non pas
nitrurés. Le pignon de vilebrequin vient de fonderie avec
lui. Les coussinets sont en bronze au plomb centrifugé. Un
détail attire l’attention des anglais, en bout de course la
manette des gaz génère une injection supplémentaire d’huile
dans les paliers.
- Chemises vissées dans les blocs, lesquels sont
refroidis par circulation de liquide contrôlée par des tubes
percés traversant le bloc d’un bout à l’autre et densifiant
cette circulation sur les points chauds tels que les
bossages de bougie, etc. (Système Hispano de la «
clarinette », visiblement ni les anglais ni les russes ne
connaissaient le terme…).
- Soupapes parallèles attaquées directement par
l’arbre à came, 2 d’admission actionnées par un pontet et 1
échappement au sodium. Ressorts de soupape traditionnels.
- Pression d’admission et performances supposés peu
différentes de celles du Merlin 45, régime limité à 2.650
t/mn d’après les soviétiques, qui précisent que le moteur
est essentiellement utilisé en dessous de 4.000 m (12.000
pieds).
- Compresseur mono-étage mono-vitesse, avec un rouet
d’un diamètre supposé de 380 mm (ça me parait beaucoup…).
- La pompe à huile semble d’une taille double de celle
du Merlin, les soviétiques indiquent que le système ne donne
aucun souci (ce qui était très loin d’être le cas du Merlin
!).
- Finition générale extrêmement rustique (« Wartime »,
disent les anglais), le moteur est dépourvu de toute
fioriture (« Frills »). En contrepartie, tout est très
accessible. Les ingénieurs notent la très petite quantité
de boulons d’assemblage – c’est vrai qu’en se mettant sous
les yeux le carter de compresseur du Merlin, on se dit que
le desserrage de tous les écrous, vis et boulons devait être
un cauchemar….
- Une dernière remarque me laisse perplexe, c’est
l’affirmation que le reniflard est totalement
disproportionné par rapport aux standards de la Perfide
Albion… Je me demande si les deux ingénieurs n’ont pas été
trompés par le système de ventilation des paliers cher à
Hispano (et à ses licenciés et copieurs).

Pour finir, les soviétiques insistaient sur la fiabilité de
leurs moteurs, qu’il plaçaient bien au-dessus de celle du
Merlin ; quant aux Allison, ils étaient loin derrière ! («
Allison, a poor third…).

Commentaire perso ultime : il est probable que cette
confiance en eux-mêmes a aidé les soviétiques à convaincre
les anglais que leur M-105 P était à peu près équivalent au
Merlin 45, ce qui était en fait très loin d’être le cas !
Les différentes version du moteur Klimov (M-105 P, PF, PF2
donnaient de 1.180 à 1.360 ch, contre 1.525 ch pour le
Merlin 45. Il est vrai que le produit de Derby pesait
presque 200 Kg de plus, ce qui faisait peut-être la
différence dans des cellules elles aussi plus légères. Sans
parler de la finesse…

Au final, le Hurricane « rendait » 75 km/h au Yak 7.

Bien amicalement,


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