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mise en ligne: mardi 15 mai 2018



Olivier Dauger

Jean-Baptiste Ledys

 
   

 

 

Nous présentons nos excuses à Olivier Dauger, Jean-Baptiste Ledys et à nos lecteurs pour l’important retard avec lequel nous publions cette interview.

Avec la publication du quatrième tome de Ciel de guerre, le dessinateur Olivier Dauger vient de boucler sa deuxième série de bandes dessinées ayant pour thème l’histoire de l’aviation. Nous avons profité de l’une de ses dédicaces, au festival de la BD de Chambéry, pour le soustraire, le temps d’une interview, à la file de ses lecteurs en attente d’une dédicace

- Jean-Baptiste Ledys : Les deux séries que vous avez réalisées se déroulent pendant la Seconde Guerre mondiale. Est-il possible de faire des BD d’aviation qui se déroulent en temps de paix ?

- Olivier Dauger : Oui, je pense. Si on prend des séries mythiques comme Tanguy et Laverdure, la plupart du temps, il n’y avait pas de guerre, pas de conflit armé. De toute manière, ce sont les personnages qui donnent vraiment un intérêt à une série, plus que les combats ou les trucs comme ça. On ne peut pas faire une BD avec seulement des combats. Je pense qu’on se lasse des scènes de guerre au bout d’un moment. Oui, on peut faire des BD en temps de paix. D’ailleurs, j’ai des projets de scénario aviation qui ne se passent pas en temps de guerre. J’ai deux trucs qui avancent en même temps. Je ne sais pas lequel va déboucher en premier. Il y a de l’avion de chasse, parce que graphiquement c’est intéressant. Aujourd’hui, je ne me verrais pas faire de l’aviation commerciale. Ou alors peut-être un Lockheed Constellation. Mais les Airbus, euh...
Et puis, si on prend l’entre-deux-guerres, par exemple, les grands raids à travers le monde, l’aviation de course, l’aviation populaire... Il y a plein de thèmes qui peuvent présenter des avions tout à fait extraordinaires, avec les grands hydravions français par exemple, Biscarosse, tout ça... À dessiner, ce doit être un bonheur. Et ce n’est pas très connu. Ҫa change des Spit.

- JBL : Comment trouvez-vous le thème des séries sur lesquelles vous allez travailler plusieurs années ?

- OD : Sur la série d’avant, Ciel en ruine, le scénariste, Philippe Pinard, voulait faire un truc sur les premiers jets de combat. Et il était fasciné par le Messerschmitt 262. Du coup, il a fait une histoire là-dessus. En revanche, pour la série Ciel de Guerre, c’était plus le fait de parler de l’aviation française entre 1940 et 1944, qui est une période très peu connue de l’aviation française. L’aviation de Vichy, la guerre de Syrie, les Français ne connaissent pas. Les gens ne savent pas que des Français se sont battus contre des Anglais. Et je trouvais ça intéressant. Donc je l’ai proposé à Philippe, et voilà.

Olivier Dauger

Olivier Dauger en séance de dédicaces
Photo Jean-Baptiste Ledys © Aérobibliothèque


- JBL : C’est vous qui avez été à l’initiative de cette série ?

- OD : Oui, c’est parti d’une anecdote. J’ai récupéré des photos de famille qui dataient de cette période-là. Il y en avait une sur laquelle figurait un oncle de ma famille, en uniforme militaire de l’armée française, à côté de son copain, en uniforme de l’aviation française. Et au dos de la photo, il y avait de noté que le copain avait été abattu par les Anglais en 1941 en Syrie, avec son unité, une unité de bombardement française. Il avait été abattu par un chasseur anglais. Le frère de ma grand-mère, lui, a été tué en 1943 par les Allemands dans les Abruzzes pendant la campagne d’Italie, avec le corps expéditionnaire français. Lui a donc été tué par les Allemands, son copain par les Anglais. Je me suis rendu compte qu’on connait bien les bandes jaunes et rouges des avions de Vichy, mais on ne connait pas les capots jaunes de la guerre de Syrie. J’en ai parlé à Philippe, et on a fait quatre albums.
De tous les lecteurs que j’ai rencontrés, il n’y en a quasiment aucun qui connaissait. Sauf un, qui faisait une thèse sur le sujet. Et tous les autres mélangent tout, ils passent de juin 40 à la Bataille d’Angleterre, au Débarquement en passant par Normandie-Niémen, pour ceux qui connaissent. Les lecteurs ont une vision très parcellaire, très trouble, de cette période. On ne connait pas notre histoire. Et puis bon, l’armée française ne communique pas beaucoup sur cette période-là.

- JBL : Le scénariste s’est beaucoup documenté sur la période. Vous aussi, sans doute ?

- OD : Oui, obligé. Il y a beaucoup de documentation sur les avions. Ça, c’est facile. Ce qui est plus difficile, c’est sur l’environnement des pilotes en dehors des avions, c’est à dire les bases, la vie à terre, les matériels d’entretien, les tracteurs, la vie sous les hangars... Autant, pour les Américains, il y a énormément de photos, autant, pour les Français, c’est beaucoup plus difficile à trouver. Mais bon ! En cherchant un peu, on trouve. Sur Internet, essentiellement. J’ai aussi beaucoup de bouquins.

- JBL : Vous n’êtes pas un bon client des musées ?

- OD : Les musées ? Non, pas vraiment. Ça m’est arrivé de faire appel au Service Historique de la Défense pour avoir des précisions. J’ai eu le Bourget, aussi. Sinon, par les pilotes d’aujourd’hui qui pilotent des warbirds. Comme on va souvent à la Ferté-Alais, où on a un stand, on rencontre les pilotes et on peut passer directement par eux pour avoir des détails sur le pilotage de l’avion. Comment on pose les mains sur l’avion, comment on ouvre les capots moteurs... J’ai demandé à un pilote qui m’a montré la manette en question.

- JBL : Est-ce un soulagement de terminer une série ?

- OD : Oui. C’est le plaisir de passer à autre chose. On l’a faite sur trois ans. C’est pas trop long. Ça passe vite.

- JBL : Votre première série, Ciel en ruine, a failli ne jamais voir le jour. Vous l’avez eue dans vos tiroirs un petit moment, n’est-ce pas ?

- OD : Sept ans, oui. Quand le scénariste Philippe Pinard me l’a présentée, et qu’on a fait un test pour l’envoyer aux éditeurs, personne n’en a voulu. On l’a remis dans les tiroirs et ça a duré sept ans. Bon, les planches qu’on avait envoyées n’étaient peut-être pas extraordinaires, je le reconnais. Mais surtout, l’aviation était un peu en perte de vitesse. À l’époque, il n’y avait que Buck Danny et Tanguy. Les ventes de ces séries baissaient. Personne n’en avait voulu. Et il a fallu attendre que Romain Hugault fasse Le Dernier Envol, c’était en 2005, et que Pierre (Paquet, NDLR) crée la collection Cockpit, pour que ça change.

- JBL : Le regard des éditeurs a changé ?

- OD : Maintenant, il y en a partout.

- JBL : Comment expliquez-vous cet engouement actuel pour la BD d’aviation ?

- OD : Je pense que les lecteurs ont adoré Buck Danny et Tanguy et Laverdure à une époque où ils étaient jeunes. La BD d’aventure, à l’époque, plaisait. C’est comme ça qu’on faisait de la BD. Ces gens-là ont grandi. Ils n’ont plus eu d’autres choses à se mettre sous la dent. Quand on leur a resservi de la BD d’aviation, ça les a renvoyés à leurs plaisirs de lecture d’enfance, j’en suis sûr. Et voilà. Il faut voir la moyenne d’âge de nos lecteurs, ce doit être la cinquantaine. Sans exagérer, les plus jeunes de notre lectorat ont la trentaine, les plus vieux ont 75 ans. Ce sont des gens qui aiment l’aviation, et qui aiment la BD en général.

- JBL : Vous-même, êtes-vous plus Buck Danny ou Tanguy et Laverdure ?

- OD : Moi, j’ai adoré Buck Danny étant gamin. C’est ça qui m’a donné envie de faire de la BD d’aviation. J’étais Buck Danny, Buck Danny, Buck Danny. Et encore ! La période avant Bergèse. J’ai découvert Tanguy et Laverdure bien plus tard, à une époque où je n’étais plus trop BD.

- JBL : Est-ce facile de dessiner un avion en vol quand on n’est pas soi-même pilote ?

- OD : Je pense que c’est plus facile quand on est pilote. Mais pas seulement pour la partie pilotage. C’est plus facile aussi pour la partie vision de la terre vue du sol. Quand on voit les angles de Romain Hugault, par exemple, qui pilote, il a des angles de vue, c’est... Ouais ! La façon dont la lumière joue avec l’horizon, les nuages, la clarté, tout ça... Bon. C’est certainement plus facile. En même temps, le lecteur lambda ne verra pas forcément une grosse différence.

- JBL : Vous dessinez suivant le principe de la ligne claire. Vos dessins sont très éloignés de ceux de Romain Hugault, dont le style s’impose toujours plus. C’est un inconvénient ?

- OD : Mon dessin va à l’essentiel, c’est vrai. En fait, c’est le contrepied de Romain. Nous, on fait le volume avec un trait et une couleur. Mais on n’est pas dans des questions de lumières. Enfin, très peu, sauf des grosses ombres portées etc. Romain, tout son volume, c’est la lumière. Évidemment, ca en jette. Pour nous, c’est un parti pris. Avec la ligne claire, on ne peut pas ensuite rajouter des effets. Faut choisir, quoi.

- JBL : Dans quel état d’esprit venez-vous aux festivals de BD ?

- OD : Ça dépend. Ça dépend des festivals, en fait. Chambéry, c’est un festival où je connais beaucoup d’auteurs. Et c’est agréable de se rencontrer. Parce que c’est quand même un métier où on est dans son bureau, tout seul, pendant des mois... Il n’y a que les festivals qui sont l’occasion de rencontrer des collègues, des amis... C’est aussi l’occasion de rencontrer des lecteurs, souvent passionnés. En plus, ma série vient d’arriver au bout, avec quatre albums. J’ai des retours intéressants sur l’histoire complète.

- JBL : A-t-on vraiment le temps, dans un festival, de discuter avec les lecteurs ?

- OD : En dédicaçant, on y arrive. Il y a des gens très discrets qui ne disent rien ; il y a les bavards, les passionnés qui refont l’histoire — ça il y en a régulièrement. Souvent, ils ne se sont pas documentés comme nous l’avons fait sur le sujet. Souvent, c’est nous qui rectifions leur vision. Mais ils sont souvent passionnés de ça. Le public adore la Seconde Guerre mondiale, notamment. Alors les gens connaissent, en parlent. On échange là-dessus facilement. Mais pas trop non plus, sinon ça dure. Et les gens font la queue.

- JBL : Continuez-vous à faire du graphisme pour des campagnes de communication ?

- OD : La majorité de mon temps, je la passe à dessiner pour les BD. Ça reste mon grand plaisir. Mais au temps passé, la comm’, c’est quand même plus rentable.
J’aime beaucoup peindre les avions, aussi. Ça m’amuse beaucoup. J’ai développé ça en ce moment. J’aimerai y consacrer plus de temps. Ce sont des gouaches. C’est un plaisir qui n’a rien à voir avec celui de dessiner des BD. On a plus de temps... C’est totalement une autre discipline. C’est un grand plaisir. Pour l’instant je m’amuse. J’ai des commandes.

Interview réalisée par Jean-Baptiste Ledys pour l’Aérobibliothèque en octobre 2017.

Photo du haut : © Paquet Éditions



 

Références:

Olivier Dauger


Jean-Baptiste Ledys






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