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Re:Re:Un pilote: relations FAFL-armée de Vichy
de Bertrand le Bras (06/07/2026 09:56:20)
en réponse à Re:Un pilote: relations FAFL-armée de Vichy de Michel Tran (29/06/2026 08:28:06)
Bonjour Michel,
Je rebondis à mon tour avec un peu de retard sur votre question. Je ne connais pas de mémoire ou ouvrage dédié à ce sujet. Il existe un article (que je vous envoie par mail) de Charles Baldini sur le cas spécifique de la fusion FAFL et anciens de l’armée d’armistice au Normandie-Niemen. C’est intéressant mais au final le gros de la démonstration porte sur les témoignages de deux ou trois hommes (Risso, Matras en particulier).
Je pense que l’une des raisons pour lesquelles il n’y a pas d’ouvrage général est qu’il y a très peu d’archives sur ce sujet. On trouve des ordres du jour très fermes de Bouscat (appels à l’union et à la discipline) preuve que c’était une préoccupation du commandement, mais dans ses dossiers il n’a gardé trace que d’un seul cas de problème de ce type (une algarade entre Pelletier d’Oisy et des membres du groupe Bretagne).
On trouve aussi des vitupérations de Valin contre les atteintes à la spécificité des FAFL, à leur dilution dans l’armée de l’Air unifiée et au fait qu’ils (et lui en particulier) sont maltraités. Mais, en dehors du fait que les préoccupations personnelles ne sont pas absentes de ces protestations, cela ne dit pas comment cela se passait au quotidien sur le terrain. Et de ce côté, il y a bien quelques mentions éparses dans les JMO ou les journaux personnels (par exemple une grosse tension entre des membres du Bretagne et du Maroc lorsque les groupes se sont côtoyés à l’entrainement sur B26 fin 43/début 44), mais c’est finalement assez rare et, pour ma part, je n'ai pas trouvé de mentions d’incidents graves du type refus d’obéissance, rébellion, mutations d'office etc … Il y en a peut-être eu mais le phénomène semble limité. J’ai aussi dépouillé une bonne partie des dossiers de la sécurité militaire en Afrique du Nord et il y a vraiment peu de cas notables.
Mon impression est que, même s’il y eut des rancœurs et inimitiés, et certaines ont été durables, c'est resté à un niveau individuel et cela n’a que rarement dépassé la cote d’alerte et que, dès que les unités ont été engagées au combat, ces questions ont été reléguées au second plan. C’est caractéristique de voir que les enquêtes sur le moral du groupe Bretagne, rédigées entre 10/44 et 07/45, ressemblent à s’y méprendre à celles des cinq autres groupes B26 (Maroc, Sénégal etc…). Les hommes ont les mêmes préoccupations et leur souci c’est la relation avec les civils, accessoirement les FFI, et le sentiment d’être oubliés du pays, mal considérés, pas reconnus etc … mais pas vraiment les relations entre eux.
Il faut aussi noter que, jusqu'au retour en France (et encore), il y avait peu de points de contacts entre les populations, si on excepte le groupe Bretagne, intégré à la 31e escadre et le wing de chasse au Royaume-Uni qui, de fait, était mixte.
Les choses se dégraderont peut-être dans l’immédiat après-guerre, lorsqu’il s’agira de comparer les trajectoires de carrière et la distribution des récompenses. Une étude serait à faire là-dessus.
Je crois que, sur ce sujet, la meilleure piste à explorer est celle des départs ou désertions depuis l’armée de l’Air d’Afrique de décembre 42 à juillet 43, voire après. Je ne connais pas d’étude sur ce sujet mais, si on compte les désertions proprement dites depuis les unités, les désertions d'hommes évadés de France via Espagne qui se sont empressés de quitter les dépôts où ils avaient été affectés en arrivant en AFN pour rejoindre une unité FAFL et (probablement les plus nombreux), les appelés et réservistes d’AFN qui ont préféré rejoindre les FAFL plutôt que répondre à la mobilisation dans l’armée d’Afrique, on est sans doute sur un chiffre de 7/800 hommes, dont un gros paquet de futurs parachutistes. On retrouvera ces hommes au Bretagne (de l’ordre de 200 ?) et au Levant (plusieurs centaines) où ils formeront le Picardie en particulier. C’est non négligeable mais ce n’est pas massif et les unités de première ligne semblent avoir été peu touchées. Ceux-là ont bel et bien « voté avec leurs pieds ».
Tout ceci serait à nuancer en fonction des types de population (officiers, jeunes, etc ...), des lieux (le Levant en particulier), des unités etc… Ce qui est certain c’est que la reconstruction de l’armée de l’Air n’a pas été simple puisqu'après la fusion FAFL avec armée d'Afrique il a fallu réaliser la fusion avec l'armée de l'Air restée en métropole et les FFI et cela a sans doute été plus compliqué.
Je serai heureux si certains des intervenants du forum avaient des éléments à apporter à ce débat qui est des plus passionnants.
Bien amicalement
Ze forum v.4.0.6pg, PHP/SQL par Franck Mée.