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Re:S/Lt Jean-Pierre COLLE
de Philippe Bacquenois (25/09/2026 09:32:25)
en réponse à S/Lt Jean-Pierre COLLE de Dominique Auzéau (23/09/2026 18:29:19)
Bonjour,
Je vous adresse, en pièce jointe, un premier essai biographique consacré au sous-lieutenant Jean-Pierre COLLE, réalisé à partir des informations dont je dispose actuellement.
Je vous remercie une nouvelle fois pour l'intérêt que vous avez porté à ma demande et pour les informations que vous avez bien voulu me communiquer.
Bien cordialement,
Philippe Bacquenois
Sous-lieutenant Jean-Pierre COLLE
Un artilleur devenu observateur à l'escadrille C 56
Photo de Jean Pierre Colle: La Guerre aérienne illustrée, n° 100, 10 octobre 1918, Gallica – BnF.
Jean-Pierre Colle naît le 18 juillet 1890 à Cette, aujourd'hui Sète, dans l'Hérault. Il est le fils de François Colle et de Lydie Catherine Rostini. Ses parents sont domiciliés à Cette. La famille possède également des attaches en Corse par la branche maternelle, notamment à Morosaglia. Jean-Pierre a une sœur, Marie Laudice Colle, née à Cette le 29 février 1888, qui deviendra institutrice en Corse et connaîtra elle aussi un destin tragique pendant la Première Guerre mondiale.
Au moment de son recensement militaire, Jean-Pierre Colle réside à Toulouse, où il est indiqué comme étudiant. Sa fiche matricule porte le numéro 1862, au bureau de recrutement de Montpellier, et le mentionne également comme « élève au lycée » à Toulouse. Cette indication confirme qu'il a fréquenté le Lycée de Toulouse, aujourd'hui lycée Pierre-de-Fermat. Cette scolarité constitue une piste particulièrement intéressante pour préciser sa formation et ses études avant la guerre.
Sa fiche matricule permet de suivre le début de son parcours militaire. Il est incorporé le 9 octobre 1911 au 9e régiment d'artillerie. Promu brigadier le 10 avril 1912, il devient maréchal des logis le 10 janvier 1913. Le 30 octobre 1913, il se rengage pour un an à compter du 1er octobre 1913.
Le 15 avril 1914, il passe au 38e régiment d'artillerie, qu'il rejoint le 1er mai. Le 7 avril 1916, il est affecté au 3e régiment d'artillerie de campagne comme sous-lieutenant à titre temporaire, en vertu d'un décret du 1er avril 1916. Ce parcours explique sa présence ultérieure dans l'aéronautique militaire : les observateurs d'artillerie constituent en effet une catégorie particulièrement adaptée aux missions de renseignement aérien.
Quelques jours plus tard, une décision ministérielle du 19 avril 1916 le désigne pour accomplir un stage d'observateur en avion au groupe des divisions d'entraînement de Plessis-Belleville, dans l'Oise. Il est ensuite affecté au service de l'aviation, au sein du 2e groupe d'aviation. La fiche matricule conserve ainsi la trace du passage de cet officier d'artillerie vers l'aviation militaire.
Son activité d'observateur consiste notamment à participer aux missions de reconnaissance et de photographie aérienne, destinées à fournir aux unités terrestres des renseignements sur les positions et mouvements ennemis. La citation qui sera publiée après sa mort souligne précisément cette qualité : elle le présente comme un « officier très brave, rapportant de chacune de ses missions des renseignements précieux ».
Jean-Pierre Colle rejoint ensuite l'escadrille C 56, unité d'observation à laquelle appartient également le sergent pilote Pierre Lyaudet. À bord des Caudron de l'escadrille, les deux hommes constituent un équipage chargé notamment des missions photographiques. Le parcours de Lyaudet permet de situer leur collaboration à partir de l'automne 1916 : le pilote est affecté à la C 56 le 24 octobre 1916, et son observateur est alors le sous-lieutenant Jean-Pierre Colle.
La personnalité de Jean-Pierre Colle apparaît également dans un article de La Guerre aérienne illustrée N° 100 du 10 octobre 1918, qui lui consacrera un portrait accompagné de sa photographie. Le journal le présente comme un « vaillant officier », ayant donné au cours de son séjour à l'escadrille des preuves de son courage et de son mépris du danger. L'article reproduit également plusieurs extraits de lettres de Colle, notamment une lettre du 31 juillet 1916 et une autre du 28 décembre 1916, qui permettent d'entrevoir son état d'esprit et son activité avant sa mort.
Dans une lettre du 31 juillet 1916, il exprime notamment son désir de rejoindre le front et de se sentir « enfin véritable soldat ». Dans celle du 28 décembre, quelques semaines seulement avant sa disparition, il raconte une mission au cours de laquelle il a effectué un tir sur des positions allemandes. Ces lettres constituent un témoignage particulièrement précieux sur son expérience de l'aviation et sur sa personnalité.
Le 23 janvier 1917, Jean-Pierre Colle et le sergent Pierre Lyaudet effectuent une mission de photographie aérienne au-dessus du front de Champagne. Ils sont à bord d'un Caudron G.4 n° 2712, piloté par Lyaudet. La mission les conduit à plusieurs kilomètres à l'intérieur des lignes allemandes.
Au cours de cette mission, leur appareil est attaqué par une patrouille d'avions de chasse allemands. La citation de Jean-Pierre Colle en mentionne six, tandis que La Guerre aérienne illustrée en évoque cinq. Cette divergence doit être conservée, les deux sources s'accordant néanmoins sur le déroulement général du combat : l'équipage est attaqué et poursuit la lutte jusqu'à ce que son appareil soit abattu.
La citation militaire décrit ainsi le dernier combat de Colle : chargé d'une mission de photographie aérienne, il est attaqué à plusieurs kilomètres à l'intérieur des lignes ennemies et, au cours de ce combat inégal, son appareil est « descendu en flammes dans les lignes allemandes ». Elle conclut en lui attribuant la Croix de guerre avec palme.
La localisation de ce dernier vol présente un intérêt particulier pour l'histoire des Monts de Champagne. La fiche matricule de Jean-Pierre Colle indique qu'il est décédé « à l'Ouest de St Martin ». Cette indication concorde avec un document allemand transmis par la Croix-Rouge, qui porte la mention :
« Gefallen 23.1.17 westl. St. Martin »
soit : « tombé le 23 janvier 1917 à l'ouest de Saint-Martin ».
Dans le contexte géographique de ce dossier, ce Saint-Martin correspond à Saint-Martin-l'Heureux, au pied du massif des Monts de Champagne. La fiche matricule de Lyaudet situe parallèlement la disparition de l'appareil entre Moronvilliers et le Mont Sans-Nom. Les deux indications permettent donc de replacer le dernier vol de l'équipage dans ce secteur précis.
Une autre source allemande conservée dans le dossier de la Croix-Rouge apporte une information importante sur le sort du corps de Jean-Pierre Colle. Elle indique qu'il a été inhumé au cimetière de Pontfaverger le 23 janvier 1917. Une seconde fiche allemande confirme cette mention avec la formule « begr. 23.1.17 Pont Faverger », c'est-à-dire « enterré le 23 janvier 1917 à Pontfaverger ».
Le sort de l'appareil et de ses occupants a donc pu être en partie reconstitué : après le combat à l'ouest de Saint-Martin-l'Heureux, dans le secteur de Moronvilliers et du mont Sans-Nom, l'appareil tombe dans les lignes allemandes et Jean-Pierre Colle est tué. Son corps est ensuite inhumé à Pontfaverger.
Une difficulté documentaire concerne toutefois la date du 29 janvier 1917. Cette date apparaît sur la fiche matricule, non comme date du décès lui-même, mais dans la formule « signalé décédé le 29 janvier 1917 à l'Ouest de St Martin », suivant un avis du chef du bureau de comptabilité du 2e groupe d'aviation à Bron. Elle correspond donc au signalement administratif du décès, tandis que le 23 janvier est la date du combat et du décès retenue par les autres sources. La fiche de la Croix-Rouge, les documents allemands et La Guerre aérienne illustrée convergent en effet vers le 23 janvier 1917.
Une piste conduit également à l'aviateur allemand Hartmuth Baldamus. Une liste de ses victoires mentionne, le 23 janvier 1917 à 16 h 35, un Caudron abattu à l'ouest de Saint-Martin. La concordance entre la date, le lieu et le type d'appareil constitue une piste intéressante. Elle ne permet toutefois pas encore d'affirmer avec certitude que Baldamus est l'adversaire de l'équipage Colle-Lyaudet ; cette attribution devra être confirmée par le CCC ou le JMO de la C 56. Cette prudence est la même que celle retenue dans la biographie de Pierre Lyaudet.
La disparition de Jean-Pierre Colle donne lieu à des démarches auprès de la Croix-Rouge. Une fiche porte notamment la mention d'une correspondance avec « Mlle Colle, Fouzilhon par Magalas (Hérault) ». Cette indication constitue une piste familiale intéressante, qui permettra peut-être d'identifier la personne ayant entrepris les recherches concernant le sous-lieutenant et de préciser les liens entre les membres de la famille Colle.
La famille de Jean-Pierre Colle est d'ailleurs elle-même durement touchée par la guerre. Sa sœur Marie Laudice Colle, née en 1888 à Cette, est institutrice en Corse. Son nom figure sur la plaque commémorative dédiée aux maîtres de l'enseignement primaire de l'École normale d'Ajaccio. Elle meurt le 16 août 1918, à l'âge de 30 ans, lors du naufrage du Balkan, et reçoit elle aussi la mention Mort pour la France.
À titre posthume, Jean-Pierre Colle est nommé chevalier de la Légion d'honneur. La citation qui accompagne cette distinction souligne ses qualités militaires et son activité d'observateur. Elle le présente comme un « officier très brave », rapportant de ses missions des renseignements précieux, et rappelle son dernier combat lors d'une mission de photographie aérienne. Elle lui attribue également la Croix de guerre avec palme.
Le parcours de Jean-Pierre Colle présente ainsi une évolution différente de celle de son pilote Pierre Lyaudet. Issu d'une famille de l'Hérault, étudiant et élève au Lycée de Toulouse, il commence sa carrière militaire dans l'artillerie, progresse dans la hiérarchie des sous-officiers avant de devenir officier, puis rejoint l'aéronautique militaire en 1916 après une formation d'observateur en avion à Plessis-Belleville. Affecté à la C 56, il devient l'observateur du sergent Lyaudet et participe à des missions de renseignement et de photographie aérienne au-dessus du front.
Le 23 janvier 1917, leur équipage disparaît dans le ciel des Monts de Champagne, au cours d'une mission photographique à l'ouest de Saint-Martin-l'Heureux. Jean-Pierre Colle est tué à l'âge de 26 ans. Les documents allemands recueillis par la Croix-Rouge indiquent que son corps est alors inhumé à Pontfaverger.
Derrière les grades, les affectations et les citations se dessine ainsi le parcours d'un jeune étudiant devenu officier d'artillerie puis observateur aérien, dont les dernières missions furent consacrées au renseignement photographique au-dessus du front de Champagne. Son destin est également lié à celui de son pilote, Pierre Lyaudet, avec lequel il accomplit sa dernière mission, et à celui de sa sœur Marie Laudice, elle aussi victime de la guerre en 1918.
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