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Re:Re:Re:S/Lt Philippe Léo et S/Lt Lucien Sartori – MF 7 – Moronvilliers, 28 avril 1916
de Philippe Bacquenois (01/10/2026 21:03:05)
en réponse à Re:Re:S/Lt Philippe Léo et S/Lt Lucien Sartori – MF 7 – Moronvilliers, 28 avril 1916 de Lucien Morareau (25/09/2026 15:43:10)
Bonsoir,
Voici la biographie en cours du Sous/Lieutenant Philippe LEO
Cordialement
Philippe Bacquenois
Association "Mémoires des Monts de Champagne
Sous-lieutenant Philippe Gabriel Richard LEO
Un banquier devenu pilote à l'escadrille MF 7
Portrait publié dans L'Aérophile, n° 13-14, 1er-15 juillet 1916, dans le « Tableau d'honneur de l'Aéronautique militaire ».
Philippe Gabriel Richard Léo naît le 24 février 1884 à Paris, dans le XVIe arrondissement. Il est le fils d’Auguste Arnold Léo et de Louise Gabrielle Vernes. Au moment de son recrutement, il est domicilié à Paris, avenue Victor-Hugo, et sa fiche matricule le mentionne comme étudiant. Par sa mère, il appartient à la famille Vernes, particulièrement présente dans le monde bancaire parisien. Son grand-père maternel, Félix Vernes, est banquier au sein de la maison Félix Vernes et Compagnie. Son cousin germain Philippe Vernes exerce lui aussi dans le secteur bancaire, chez Vernes et Compagnie, avant de devenir administrateur de la Banque de l’Union Parisienne. Philippe Léo sera lui-même banquier dans la vie civile. Sa fiche matricule précise par ailleurs qu’il est licencié ès lettres.
Sa carrière militaire commence au 36e Régiment d’infanterie. Il s’engage volontairement et est nommé caporal le 3 septembre 1907, puis sergent le 17 avril 1908. Lorsque la guerre éclate, il est rappelé à l’activité par le décret de mobilisation générale du 1er août 1914. La chronologie de cette première période présente toutefois une difficulté documentaire. La fiche matricule détaillée indique un engagement volontaire le 10 novembre 1903 et une arrivée au 36e Régiment d’infanterie le 13 novembre, alors qu’une autre fiche mentionne une entrée au service actif le 9 octobre 1902. La notice consacrée à Philippe Léo par Albin Denis indique pour sa part la classe 1904 et un début de service en octobre 1902. Ces indications ne concordent donc pas parfaitement ; les renseignements de la fiche matricule détaillée sont ici privilégiés.
La guerre conduit rapidement Philippe Léo vers l’aéronautique. Sa fiche matricule indique qu’il rejoint le 2e Groupe d’Aviation le 29 août 1914. Après un passage par Saint-Cyr, il est promu adjudant le 24 décembre 1914, puis envoyé comme élève pilote à l’École d’aviation d’Avord. Son parcours aéronautique commence cependant par l’observation. Une citation à l’ordre de l’armée le désigne comme « Léo (Philippe), adjudant observateur à l’escadrille M. F. 36 ». Elle souligne ses qualités de sang-froid et de courage « comme agent de liaison avec l’artillerie, puis comme observateur en avion ». Elle rapporte notamment qu’il a attaqué, le 27 mars 1915, un Albatros armé et l’a contraint à fuir, ainsi que les quatre sorties qu’il effectue dans la nuit du 31 mars au 1er avril 1915 pour tenter d’atteindre une grosse pièce ennemie que l’artillerie ne pouvait détruire.
La présence de Philippe Léo à la MF 36, qui avait pu être mise en doute à la lecture du journal de route de l’unité, est désormais directement confirmée par d’autres documents. Dans les cahiers manuscrits de comptes rendus des activités et opérations aériennes des unités, conservés sous la cote 1 A 311/1, le compte rendu de la nuit du 31 mars au 1er avril indique que quatre vols de nuit ont été exécutés à la MF 36 avec le sergent Mennerat comme pilote et l’adjudant Léo comme observateur. Un autre compte rendu précise que le bombardement effectué par les deux hommes sur les plates-formes de grosses pièces ennemies a eu pour résultat la détérioration complète d’une pièce de 280. La concordance avec la citation officielle est particulièrement significative : elle mentionne les mêmes quatre sorties nocturnes et la tentative de destruction d’une grosse pièce ennemie.
Le pilote qui accompagne Philippe Léo lors de cette mission est André-Frédéric-Guillaume Mennerat. Une citation ultérieure le présente comme lieutenant pilote et chef d’escadrille du groupe B.M. 5. Le rapprochement de cette citation avec les comptes rendus de 1915 permet d'identifier le « sergent Mennerat » qui pilotait l’appareil de Léo lors de la nuit du 31 mars au 1er avril.
L’activité de Philippe Léo comme observateur précède donc son accession au pilotage. Le 31 mai 1915, il obtient le brevet n° 2008 de l’Aéro-Club de France, sur Farman. Cette information figure dans le portrait publié par L’Aérophile quelques semaines après sa mort, dont la légende rappelle également sa date de naissance. Quelques semaines plus tard, le 2 juillet 1915, il obtient à l’École d’aviation militaire d’Avord son brevet de pilote militaire n° 1138. Cette double qualification marque une nouvelle étape dans son parcours aéronautique.
Le verso de sa fiche individuelle de personnel aéronautique porte deux indications précises : « 22/7/15 – Venu d’Avord » et « 11/9/15 – Parti à M.F. 41 ». Son passage par la MF 41 est donc attesté. La chronologie exacte de son passage de cette escadrille à la MF 7 demeure cependant à préciser.
Philippe Léo rejoint finalement la MF 7, où il sert comme pilote. Le 5 janvier 1916, il est nommé sous-lieutenant à titre temporaire, nomination publiée au Journal officiel du 20 janvier 1916. Une nouvelle citation à l’ordre de l’armée, publiée dans le Journal officiel du 22 juin 1916, le présente comme « Léo (Philippe), sous-lieutenant de l’escadrille M. F. 7 : pilote d’une grande adresse, professant le plus complet mépris pour le danger. Toujours volontaire pour les missions les plus périlleuses. » Elle rappelle notamment que, le 15 mars 1916, il avait survolé à moins de 400 mètres le terrain d’une attaque afin de mieux se rendre compte du résultat de l’opération.
Le 28 avril 1916, Philippe Léo accomplit une mission de reconnaissance dans le secteur de Moronvilliers, sur le front de Champagne. Il a pour observateur le sous-lieutenant Lucien Sartori, de la MF 7. Les deux hommes forment l’équipage de l’appareil. Le Journal officiel du 22 juin 1916 publie leurs deux citations sur la même page. Pour Philippe Léo, le texte précise qu’il a poursuivi sa mission de reconnaissance dans les lignes ennemies malgré un tir d’artillerie extrêmement précis qui a fini par mettre le feu à son appareil et l’abattre au sol. La citation de Lucien Sartori décrit la même mission et confirme sa fonction d’observateur. Les deux textes se complètent ainsi pour établir que Léo était le pilote et Sartori l’observateur de cet équipage.
La fiche matricule de Philippe Léo précise : « Tué dans les lignes ennemies au cours d’une reconnaissance aérienne le 28 avril 1916. » Elle indique également qu’il est inhumé par l’ennemi au cimetière de Pontfaverger, dans la Marne. Philippe Léo a alors 32 ans.
Sa disparition donne lieu à plusieurs recherches par l’intermédiaire de la Croix-Rouge. Les premières informations sont imprécises : les fiches de recherche conservées dans son dossier donnent successivement des dates différentes de disparition et des indications incertaines sur son lieu de sépulture. Une enquête est menée à Moronvilliers par l’intermédiaire de Berlin. Un avis de décès finit par parvenir aux services chargés des recherches et confirme la date du 28 avril 1916. Cette succession de renseignements explique les divergences que l’on peut rencontrer dans les premières sources relatives à sa disparition.
La fiche militaire désigne parmi les personnes à prévenir en cas d’accident son cousin germain Philippe Vernes, banquier, domicilié 29, rue Taitbout à Paris. Cette même adresse apparaît dans les documents de la Croix-Rouge, qui mentionnent « Mme Philippe Vernes » comme correspondante familiale. Après la guerre, la mort de Philippe Léo est officiellement établie par le Tribunal civil de première instance de la Seine, dans un jugement rendu le 14 août 1919. Le tribunal retient le 28 avril 1916 comme date du décès et situe celui-ci dans la région de Moronvilliers. Il s’appuie notamment sur une attestation de décès de source allemande transmise par la Croix-Rouge, corroborée par une enquête administrative. Le décès est ensuite transcrit dans les registres de l’état civil parisien en septembre 1919.
Le parcours de Philippe Léo présente ainsi une évolution singulière. Étudiant puis licencié ès lettres, banquier à Paris, engagé volontaire dans l’infanterie et sous-officier au 36e Régiment d’infanterie, il rejoint l’aéronautique au début de la Grande Guerre. Il devient successivement agent de liaison avec l’artillerie, observateur à la MF 36, puis pilote après avoir obtenu ses deux brevets. Après son passage par la MF 41, il rejoint la MF 7 et est nommé sous-lieutenant à titre temporaire en janvier 1916. Le 28 avril, au cours d’une mission de reconnaissance dans les lignes ennemies au-dessus du secteur de Moronvilliers, son appareil est pris sous un tir d’artillerie extrêmement précis, prend feu et s’abat dans les lignes ennemies. Philippe Léo et son observateur, le sous-lieutenant Lucien Sartori, trouvent la mort au cours de cette mission.
Philippe Léo repose aujourd’hui dans la nécropole nationale de Sommepy-Tahure. Une plaque apposée sur sa croix funéraire le désigne comme « Sous-Lieutenant, 2e Gr. Aviation » et porte la date du 28 avril 1916. Cette dernière inscription constitue un témoignage mémoriel postérieur aux documents de guerre, mais elle permet de retrouver aujourd’hui la trace de sa sépulture.
Derrière les grades, les affectations et les citations se dessine ainsi le parcours d’un jeune banquier parisien, diplômé, devenu successivement soldat, agent de liaison, observateur aérien puis pilote militaire, avant de disparaître à l’âge de 32 ans dans le ciel des Monts de Champagne.
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