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Re:Re:Recherche d’informations sur le S/Lt Marcel Burgun, N 38, tué le 2 septembre 1916

de Philippe Bacquenois (05/10/2026 21:38:06)
en réponse à Re:Recherche d’informations sur le S/Lt Marcel Burgun, N 38, tué le 2 septembre 1916 de Lucien Morareau (02/10/2026 07:28:00)

Bonsoir,
Je vous remercie pour ces informations que j'ai intégrées dans la biographie qui pourra encore évoluer. Vous trouverez ci-dessous cette biographie de Marcel Henri Burgun
Marcel Henri Burgun
De l’équipe de France de rugby à l’escadrille N° 38


Portrait journal le miroir des sports 3 décembre 1924 Portrait journal La vie au grand air 15 décembre 1916

Marcel Henri Burgun naît le 30 janvier 1890 à Saint-Pétersbourg, en Russie. Sa fiche matricule le désigne sous les prénoms Henri Marcel, tandis que les documents aéronautiques, le dossier de Légion d'honneur et plusieurs publications contemporaines utilisent la forme Marcel Henri ou Marcel Henry. Son père, Martin Burgun, est décédé et sa mère se nomme Joséphine Anette Kleiser. Il a un frère, Achille Burgun, né en 1884, qui mourra pour la France en 1915. Élève de l'École Centrale, Marcel Burgun obtient son diplôme en 1913 et se destine à la carrière d'ingénieur. Avant la guerre, il est également l'un des joueurs de rugby français les plus en vue. Trois-quarts centre puis demi d'ouverture, il évolue au Racing Club de France avant de rejoindre le Castres Olympique en 1912. Il compte onze sélections en équipe de France entre 1909 et 1914 et fait notamment partie de l'équipe qui bat l'Écosse à Paris en 1911.
Engagé le 10 octobre 1910 au 3e Régiment d'artillerie de campagne, il est incorporé le 10 octobre 1913 au 9e Régiment d'artillerie de campagne comme canonnier de 2e classe. Il est promu brigadier le 12 février 1914, puis maréchal des logis le 12 juillet suivant. Le 20 août 1914, il est nommé sous-lieutenant de réserve. Sa carrière militaire débute ainsi dans l'artillerie, avant que son intérêt pour l'aviation ne le conduise à changer d'arme.
Le 1er mars 1915, il passe à l'Aviation en qualité d'observateur. Il acquiert rapidement les compétences nécessaires au pilotage et obtient le brevet de pilote militaire n° 1086 le 17 juin 1915. Sa citation à l'ordre de l'armée souligne qu'il avait profité de sa présence au front comme observateur d'artillerie pour apprendre à piloter et qu'il avait obtenu son brevet militaire en trois semaines. Il devient alors pilote à l'escadrille M.F. 50. Les documents consacrés à sa carrière indiquent une présence comme pilote à la MF 50 à partir de l'été 1915. Sa citation souligne son audace au cours de plusieurs reconnaissances. Le 5 août 1915, poursuivant un avion ennemi jusqu'à 1 200 mètres dans ses lignes, il le contraint à atterrir. Le 10 août, au cours d'une reconnaissance à 1 500 mètres d'altitude, son appareil est atteint par des éclats d'obus qui coupent les commandes et traversent les ventilateurs. Malgré ces dommages, Burgun réussit à atterrir sans endommager l'avion.
Ces actions lui valent d'être nommé chevalier de la Légion d'honneur par décret du 15 septembre 1915, avec prise de rang au 22 août 1915. Son dossier de Légion d'honneur porte également la mention « Croix de guerre avec palme ». La citation, publiée au Journal officiel et reproduite dans L'Aérophile et dans L'Auto-Vélo, le présente alors comme sous-lieutenant de réserve, pilote à l'escadrille M.F. 50. Elle souligne son énergie, son courage et son audace lors des reconnaissances. La presse sportive salue alors le parcours de cet international de rugby devenu aviateur. Le 15 décembre 1915, il obtient également le brevet de l'Aéro-Club de France n° 2 582, sur Farman.
Après son passage à la M.F. 50, Burgun est affecté à une escadrille de chasse, identifiée 49 sur sa fiche matricule. La chronologie établie par Albin Denis le donne comme pilote de la N 49 du 7 novembre 1915 au 29 mars 1916. Le 26 mars 1916, sa fiche matricule indique son affectation au Service des Fabrications de l'Aviation, puis son passage au Groupe des Divisions d'entraînement le 2 juillet. Sa fiche aéronautique précise qu'il vient de Chalais-Meudon le 5 juillet 1916. Un article de L'Auto-Vélo, publié quelques jours après sa mort, rapporte que cette affectation à Chalais-Meudon concernait la surveillance de la fabrication des avions. Le même article rapporte le désir qu'il aurait exprimé de retrouver son escadrille : « Ingénieur, bien ; mais aviateur d'abord ! » Cette étape technique ne constitue donc qu'un moment de son parcours, avant son retour dans une unité opérationnelle.
À l’été 1916, Burgun rejoint l’escadrille N° 38, équipée de Nieuport. La fiche matricule indique qu’il est dirigé vers cette escadrille le 4 août 1916, tandis que la chronologie établie par Albin Denis le donne comme pilote de la N 38 à partir du 5 juillet. Les comptes rendus des activités aériennes montrent l’intensité de son engagement au cours des semaines suivantes.
Le 8 août 1916, dans le secteur de Saint-Souplet-sur-Py, Marcel Burgun est engagé dans un combat aérien qui permet aujourd’hui de confronter les témoignages français et allemands. Le cahier manuscrit des comptes rendus des activités et opérations aériennes des unités (SHD, 1 A 311/1, p. 327) rapporte : « Lt Burgun (N 38) attaque de près un Fokker qui prend feu et s’abat dans les lignes ennemies près des tranchées. » Le même compte rendu mentionne également, à propos du lieutenant de Fels, un combat au cours duquel son observateur Deviterne reçoit deux balles à la jambe et une à l’arcade sourcilière. Le récit de Burgun est particulièrement intéressant lorsqu’il est rapproché d'un témoignage allemand contemporain.
Benno Berneis, pilote de la formation de chasse de l’AOK 3 placée sous le commandement de Kurt Student, est tué ce même 8 août 1916 au cours d'un combat aérien près de Saint-Souplet. Dans une lettre adressée le 10 août 1916 à Albert Berneis, le père de Benno, Kurt Student raconte que Berneis était venu à son secours alors qu'il combattait plusieurs avions français. Il indique que, vers 10 h 20, Berneis attaqua un avion français, avant qu'un second appareil français ne le surprenne par derrière et ne fasse usage de projectiles incendiaires. Le Fokker de Berneis prit feu ; celui-ci sauta de son appareil à faible altitude et fut tué. Student précise que le combat s'était déroulé au nord de Saint-Souplet. La Berlinische Galerie conserve une copie de cette lettre du 10 août 1916 dans le fonds consacré à Benno Berneis.
Le rapprochement entre les deux récits est particulièrement frappant : le compte rendu français attribue à Burgun, de la N 38, l'attaque rapprochée d'un Fokker qui prend feu et s'abat dans les lignes allemandes, tandis que le témoignage de Kurt Student décrit, le même jour et dans le même secteur, un Fokker qui prend feu au cours d'une attaque menée par un avion français. Ces éléments rendent très vraisemblable que la victoire attribuée à Burgun corresponde à la destruction de l'appareil de Benno Berneis. Toutefois, le témoignage de Student ne nomme pas le pilote français et doit donc être présenté comme un recoupement, et non comme une identification explicitement donnée par la source allemande.
Certaines sources attribuent à Marcel Burgun jusqu'à quatre victoires aériennes. Ce chiffre doit cependant être distingué des victoires officiellement homologuées. En effet, le système français d'homologation était particulièrement exigeant : lorsqu'un appareil ennemi tombait dans les lignes françaises, la constatation pouvait permettre sa confirmation ; lorsqu'il tombait dans les lignes ennemies, l'homologation dépendait notamment de témoignages indépendants permettant d'établir la destruction de l'appareil. Les combats livrés au-dessus des lignes adverses pouvaient ainsi donner lieu à des victoires revendiquées ou attribuées dans les comptes rendus sans qu'elles soient toutes homologuées par la suite. Pour Burgun, le cahier 1 A 311/1 constitue une source primaire importante : il attribue explicitement à Burgun la destruction du Fokker le 8 août 1916, mais nous ne disposons pas, à ce stade, d'un document permettant d'établir que ses éventuelles autres victoires ont été homologuées. Il convient donc de ne pas lui attribuer un total définitif de quatre victoires homologuées.
Le 2 septembre 1916, Marcel Burgun prend part à de nombreux combats aériens dans le secteur dit « Châlons ». Un compte rendu manuscrit des activités et opérations aériennes des unités précise qu’au cours de ces combats, le sous-lieutenant Burgun, de l’escadrille N 38, pique brusquement et tombe dans les réseaux de fils de fer français, où il est pris sous le feu des mitrailleuses allemandes. Le JMO du 9e Corps d’armée rapporte qu’un appareil français tombe dans les lignes françaises, entre la tranchée de la Chapelle et la ligne 1 bis, et identifie son pilote : « S/Lieut pilote Burgun de l’escadrille N 38 », qui est tué. Le JMO du 68e Régiment d’infanterie mentionne, le même jour, « 50 coups de 75 sur le saillant au moment des essais de sauvetage de l’avion abattu », ainsi que deux soldats blessés par balle en se portant au secours de l’aviateur tombé dans nos lignes.
Son acte de décès apporte la localisation et l’heure les plus précises : Marcel Burgun meurt à midi, à l’est d’Aubérive (Marne), au lieu-dit le Saillant des Abatis, des suites de blessures reçues sur le champ de bataille. L’acte, dressé le 4 septembre 1916 à Cuperly (Marne), est établi sur les déclarations de Henri Beissac, lieutenant, âgé de 25 ans, et de François Roederer, sous-lieutenant, âgé de 30 ans, tous deux pilotes appartenant au 2e Groupe d’Aviation et à l’escadrille n° 38. Une correspondance de la Direction de l’Aéronautique, adressée en 1925 à la Grande Chancellerie de la Légion d’honneur, confirme officiellement qu’il a été tué le 2 septembre 1916 « au cours d’un combat aérien ». D’après la chronologie de l’escadrille N 38 publiée par Albin Denis, Burgun pilotait ce jour-là un Nieuport XVII.
Ses qualités et son courage lui valent plusieurs distinctions. Le 9 octobre 1914, alors qu'il sert encore dans l'artillerie, il est cité à l'ordre du 16e Corps d'armée pour avoir, sous le feu de l'ennemi, fait preuve d'une grande initiative et d'une grande audace en se portant dans les premières lignes de l'infanterie afin de reconnaître les objectifs et d'observer les tirs d'artillerie. Le 11 octobre 1915, il est de nouveau cité à l'ordre du 16e Corps d'armée, cette fois pour ses qualités d'observateur d'artillerie devenu pilote et pour les actions qu'il accomplit les 5 et 10 août 1915. Ces deux citations sont matérialisées par deux étoiles de vermeil sur sa fiche. Il est nommé chevalier de la Légion d'honneur par décret du 15 septembre 1915, avec prise de rang au 22 août, et reçoit également la Croix de guerre avec palme.
Marcel Henri Burgun repose à la nécropole nationale du Mont-Frenet, à La Cheppe, tombe n° 1690. Sa tombe porte une erreur de date et indique le 2 août 1916, alors que son décès est établi au 2 septembre 1916 par son acte de décès, sa fiche matricule et son dossier de Légion d'honneur. À vingt-six ans, disparaît ainsi un homme qui avait connu une double carrière exceptionnelle : celle d'un international de rugby, membre du Racing Club de France et du Castres Olympique, puis celle d'un officier aviateur engagé dans les premiers combats de l'aviation de chasse. Son parcours demeure associé à l'École Centrale, au rugby français et à l'aéronautique militaire, et sa mémoire est conservée dans plusieurs monuments et plaques commémoratives consacrés aux sportifs et aux anciens élèves morts pour la France.

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